Avenir, ne vois-tu rien venir ?

Mar 22 2010

Aujourd’hui, je vais (s)aborder un sujet qui fâche : l’avenir. Lycéen d’abord, estudiantin ensuite, puis professionnel et enfin la retraite, les rides et tous ces trucs-là – mais je ne veux pas vous casser le moral –. La suite, cette nappe de brouillard floue qu’on préfère oublier jusqu’au jour où, paniqué, on se rend compte qu’il faudrait quand même se décider à faire quelque chose de soi-même, un jour.

Avant les premières années de lycée, on est à peu près tranquille, les classes s’enchaînent sans que personne ne nous demande de choisir quoi que ce soit. C’est après que les embrouilles commencent : choisir une filière, censée déjà déterminer un profil ou au moins une appétence pour telle ou telle matière, décider du bac qui sera notre ticket pour le monde des fameuses études sup’… On a quoi ? Quatorze, quinze, seize ans ? Quelle drôle idée de devoir faire un choix à ce moment-là…

Alors, bien souvent, on s’embarque un peu au hasard dans le premier bateau qui n’a pas l’air de couler trop, on s’éloigne le moins possible du génial général, et on essaie de coller un peu à ses propres goûts sans complètement dégoûter les parents. Bac général – prépa – école : le trio gagnant, aller simple pour le monde du travail et le bonheur d’être tranquille. J’y suis arrivé, c’est bon, fichez-moi la paix. Après, il y en a quelques uns à qui ça plaît, qui à dix ans ont dit à papa-maman : je ferai HEC quand je serai grand. Joie, bonheur ! Ceux-là, si ils ne sont pas frustrés, ont tout gagné.

Mais je crains que ce ne soit pas les plus nombreux. Il y a aussi les bons élèves, qui font le grand chelem et trouvent finalement le moyen de s’y plaire un peu (encore des chanceux). Il y a les bons élèves, bosseurs et intéressés, qui prennent leur petite personne en main et décident – à tout hasard –, de faire du droit et de partir un an en Allemagne. Si si, ça se fait, même que j’en connais. Il y a les moins bons qui galèrent un peu mais sont décidés à creuser leur trou et à faire ce qu’ils aiment. Quelques glandeurs, entre les deux. Et puis il y a les franchement moins bons, qu’on traîne jusqu’au bac général et qui finissent parfois sans savoir pourquoi sur les bancs de la fac. Je m’étais promis de ne pas faire de politique, mais navrée, l’enseignement français a vraiment une tare de ce côté-là : pourquoi pousser des jeunes au bac général, alors qu’ils s’épanouiraient tellement mieux dans des filières professionnelles?

Ce problème s’étend à l’enseignement supérieur et me concerne directement : constamment tirée vers des études les plus générales et exigeantes possibles, j’ai fini par imposer mes propres choix, et aujourd’hui encore cela n’a rien d’une sinécure. Après un bac ES option mathématiques – gentil compromis entre mon bac L et le bac S de maman –, je me suis laissée embarquée en prépa littéraire, et si aujourd’hui je ne le regrette pas, cela n’avait rien d’un choix. Intéressée mais franchement traînée durant deux longues années, je me suis trouvée en larmes dès octobre, catastrophée de ne voir aucune possibilité s’offrir à moi. Pas d’envie précise, pas d’idée de formation à suivre, si ce n’est une école de commerce où aller à reculons pour ne pas faire grand-chose de bien drôle…

Et puis, une discussion, des rencontres… Je ne sais plus exactement comment l’idée de travailler dans l’édition m’est venue, mais une fois bien installée elle s’est imposée. La preuve : aujourd’hui, ce choix en cours de réalisation m’apparaît comme parfaitement adéquat à ce que je suis, à ce que j’aime, comme si il ne pouvait en avoir de meilleur. J’ai intégré l’IUT de Saint-Cloud en grande partie afin de me conforter dans mon idée, et je ne regrette, cette fois, absolument pas ce choix. Cette année a été enrichissante à tout point de vue : j’ai rencontré des tas de gens biens, commencé à tisser un bout de réseau, acquis des compétences techniques essentielles et une connaissance du monde des livres que je n’aurais obtenue nul par ailleurs avec autant de précisions.

Maintenant, j’ai quelques années devant moi pour faire mon trou. Pas de certitude, aucune garantie, j’avance sans filet mais j’ai l’avantage non négligeable de savoir où je veux aller. Des histoires d’années d’Université, de stages et de mastère spécialisé à l’ESCP… Mais cela n’est encore qu’un immense projet. Je fantasme, mais sur du concret, plutôt que de brasser du vent, je bâtis petit à petit mon propre nid. Je serai déçue, un peu perdue, j’en aurai parfois assez… Mais si rien de tout cela n’est grave, j’y arriverai.

J’espère que l’esprit français, pour ce qui est de l’enseignement et de la formation, changera. Qu’au lieu de tasser tout le monde dans le même bateau – mais qu’allions-nous faire dans cette galère ? –, il s’agira plutôt de mettre en avant les goûts et les compétences de chacun. Peut-être qu’alors, il y aura plus de gens épanouis, et si ce n’est pas grand-chose, ce serait déjà pas mal. En attendant, je pense à mon petit frère et j’essaie de l’aider à aller contre cette tendance un peu absurde au « généralisme » à tout prix, même si ma mission est loin d’être évidente…

Le message du soir est un message d’espoir : croyez en vous, vos capacités et vos projets, adaptez-les si nécessaire et je pense, j’espère, que nous arriverons au bout de nos envies ! Je suis un peu idéaliste, certes, mais j’essaie surtout de prouver par mon propre exemple que faire des choix un peu différents, pas toujours bien reçus par les autres, c’est possible. Et même si je n’ai pas encore la preuve tangible que ça fonctionne, je m’y cramponne.

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Qu’est-ce qu’un livre ?

Mar 20 2010

Voici la question posée par M. M., mon professeur de « Grands domaines du
savoir » à l’IUT. Un titre bien pompeux pour un cours aux contours flous, qui se trouve en réalité être de la philosophie mâtinée d’un peu de psychologie de comptoir, et saupoudrée de miettes de littérature. La forme de la réponse était totalement libre : sondage, film, chanson, pseudo-philosophie… Voici ce que j’ai choisi, qui donne déjà un aperçu de ma façon d’envisager le livre et, partant de là, la lecture, l’auteur… et l’éditeur, évidemment.

— Un livre ? Ces feuilles manuscrites ou imprimées
Que parcourt à loisir le lecteur chevronné ?

—Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! Bien des choses en somme.
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Seuls les oisifs et les désœuvrés
Trouvent tant de plaisir à s’abîmer les yeux ! »
Amical : « Chaque soir cet ami délicieux
Me conte au coin du feu les plus belles histoires. »
Descriptif : « C’est un texte ! C’est une œuvre ! C’est de l’art !
Que dis-je, c’est de l’art ? C’est la plume d’un maître ! »
Curieux : « De quoi vous sert cet étrange petit être ?
À caler un frigo, faire office d’escabeau ? »
Gracieux : « Si ces pages bientôt lâchaient leurs mots
Pensez-vous qu’ils monteraient jusqu’au septième ciel
Battant l’air avec joie de leurs petites ailes ? »
Truculent : « Le poids de la culture est fort lourd
Quand à une plaisanterie, un homme sans humour
Répond en abattant sur votre pauvre tête
Les Misérables
ou le Manuel d’Épictète. »
Prévenant : « Préférez plutôt les têtes bien faites
À celles trop pleines, gavées du savoir des bêtes. »
Tendre : « Abandonné, il est mon seul compagnon
Par ses pages Verlaine pleure mes désillusions. »
Pédant : « Vous écriviez ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! Vendez maintenant ! »
Cavalier : « Quoi, l’ami, écrire est à la mode ?
Pour faire beaucoup d’argent, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « La beauté que dégagent ces pages
Traversera sans doute les siècles et les âges… »
Dramatique : « Quelle catastrophe que le numérique ! »
Admiratif : « Cette écriture est magnifique. »
Lyrique : « Que de beauté dans ce chant nervalien… »
Naïf : « Les histoires sont finies dès le mot “fin”. »
Respectueux : « Derrière ces reliures dorées
On trouve le savoir, la science, la Vérité. »
Militaire : « Ces bêtises iront au pilori ! »
Pratique : « Pourquoi n’augmenteriez-vous pas son prix ?
Certainement, monsieur, ce sera un best-seller ! »
Enfin, parodiant Pyrame en grande colère :
« Le voilà donc ce livre qui de son écrivain
A détruit toute la vie ! Au pilon, le malin ! »
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit :
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres,
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

Je ne suis pas Edmond de Rostand, et n’ai point à l’écrit la verve et le charme de son Cyrano. Néanmoins, j’aime jouer avec les mots, m’essayer à l’activité que pratiquent tant et tant de Français – avec plus ou moins de succès –. Écrire reste avant tout un moyen de me réapproprier ce que je lis, d’en polir la matière quitte à l’user, de sucer la substantifique moelle jusqu’à la lie. J’ai choisi la tirade des nez parce qu’elle permet, dans un cadre formel plutôt contraignant, d’offrir un éventail de tons et de couleurs, de tourner autour du sujet sans vraiment l’aborder de front.

Car tenter de définir le livre avec exactitude, c’est déjà le destituer de son mystère, de l’ambiguïté fondamentale qui en fait un objet hybride, celle d’être désigné comme un « bien culturel ». Le livre se fabrique, se vend, s’achète, se possède, se conserve. En cela, il est proprement un bien de consommation, qui s’use et se fane au fur et à mesure de son utilisation. Mais les idées qu’il transporte, elles, sont indestructibles, elles s’oublient peut-être mais restent insaisissables, intouchables en tant que telles.

Fixer sur un support tangible un contenu volatile, tel est le propre du livre. C’est ce qui en fait la singularité, mais également l’infinie complexité. Plutôt que de lui donner un sens, je préfère l’écrire paré de quelques uns de ses atours : comme Cyrano, il est tour à tour drôle et émouvant, attirant ou détestable. En cela, il dépend d’une multitude de facteurs, depuis son aspect physique jusqu’à la réception qu’en fait le lecteur, en passant par la nature de son contenu, bien sûr.

Objet de polémique et parfois de violence, il est au cœur de la vie des hommes… Et de la mienne en particulier.

Toute critique ou remarque constructive est évidemment bienvenue ! Au cours des articles de ce blog, je vous parlerai souvent de ma vision un peu particulière des métiers du livre, en ayant toujours conscience qu’elle sera probablement amenée à changer en fonction de mes futures expériences professionnelles. Sur le blog de Pierre Assouline, qui se trouve dans mes liens, on peut souvent lire des articles très stimulants sur le monde de l’édition, comme celui-ci sur le rapport actuel entre auteur et éditeur.

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Mar 17 2010

« Votre fille a vingt ans, que le temps passe vite
Madame hier encore, elle était si petite…
»
Moustaki pour Reggiani

Certains d’entre vous m’ont connue sous un bien vieux pseudo, ils seront peut-être les moins surpris de cet étrange retour. Les autres ont probablement du mal à imaginer que j’ai pu, pendant un bout de temps, déverser mes petits tracas d’adulescente sur les pages d’un blog au décor nourri de LSD… Qu’ils se rassurent, cela fait un an et demi environ, et je tente depuis de limiter mes accès de niaiserie (« limiter », j’ai dit).

Mais hier, j’ai eu vingt ans. Mine de rien, ça fait un sacré changement. Deux décennies, nouvelles envies, la sensation d’une stabilité qui laisse un peu de place pour songer, rêvasser… Créer de la matière à diffuser, ailleurs que sur une simple feuille de papier, volante et aussitôt oubliée. Étudiante en métiers du livre cette année, mais toujours fidèle  à mes premières amours, lettres, sciences humaines, connaissances de tout bord. Mon but : mêler le contenu et le contenant, le texte et son support, et trouver de nouvelles manières de les associer.

Alors je reviens, dépouillée, noir sur blanc, avec dans la poche une invitation à me suivre et les quelques trucs que je pourrais vous dire. Mon quotidien d’étudiante, les galères et le reste, mes ambitions, les déceptions, mes rêves de pouvoir, tout le bazar. Mes lectures, aussi, nombreuses et éclectiques, les films qui me plaisent, la musique que j’écoute et les choses que je vois, retiens, emmagasine, partage.

Rien de bien déterminé, juste un essai à suivre qui prendra la forme que j’aurai envie de lui donner, au fur et à mesure de vos réactions et des fluctuations de mon esprit (un peu) dérangé. Soyez les bienvenus à bord, et bon voyage !

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