Avenir, ne vois-tu rien venir ?
Aujourd’hui, je vais (s)aborder un sujet qui fâche : l’avenir. Lycéen d’abord, estudiantin ensuite, puis professionnel et enfin la retraite, les rides et tous ces trucs-là – mais je ne veux pas vous casser le moral –. La suite, cette nappe de brouillard floue qu’on préfère oublier jusqu’au jour où, paniqué, on se rend compte qu’il faudrait quand même se décider à faire quelque chose de soi-même, un jour.
Avant les premières années de lycée, on est à peu près tranquille, les classes s’enchaînent sans que personne ne nous demande de choisir quoi que ce soit. C’est après que les embrouilles commencent : choisir une filière, censée déjà déterminer un profil ou au moins une appétence pour telle ou telle matière, décider du bac qui sera notre ticket pour le monde des fameuses études sup’… On a quoi ? Quatorze, quinze, seize ans ? Quelle drôle idée de devoir faire un choix à ce moment-là…
Alors, bien souvent, on s’embarque un peu au hasard dans le premier bateau qui n’a pas l’air de couler trop, on s’éloigne le moins possible du génial général, et on essaie de coller un peu à ses propres goûts sans complètement dégoûter les parents. Bac général – prépa – école : le trio gagnant, aller simple pour le monde du travail et le bonheur d’être tranquille. J’y suis arrivé, c’est bon, fichez-moi la paix. Après, il y en a quelques uns à qui ça plaît, qui à dix ans ont dit à papa-maman : je ferai HEC quand je serai grand. Joie, bonheur ! Ceux-là, si ils ne sont pas frustrés, ont tout gagné.
Mais je crains que ce ne soit pas les plus nombreux. Il y a aussi les bons élèves, qui font le grand chelem et trouvent finalement le moyen de s’y plaire un peu (encore des chanceux). Il y a les bons élèves, bosseurs et intéressés, qui prennent leur petite personne en main et décident – à tout hasard –, de faire du droit et de partir un an en Allemagne. Si si, ça se fait, même que j’en connais. Il y a les moins bons qui galèrent un peu mais sont décidés à creuser leur trou et à faire ce qu’ils aiment. Quelques glandeurs, entre les deux. Et puis il y a les franchement moins bons, qu’on traîne jusqu’au bac général et qui finissent parfois sans savoir pourquoi sur les bancs de la fac. Je m’étais promis de ne pas faire de politique, mais navrée, l’enseignement français a vraiment une tare de ce côté-là : pourquoi pousser des jeunes au bac général, alors qu’ils s’épanouiraient tellement mieux dans des filières professionnelles?
Ce problème s’étend à l’enseignement supérieur et me concerne directement : constamment tirée vers des études les plus générales et exigeantes possibles, j’ai fini par imposer mes propres choix, et aujourd’hui encore cela n’a rien d’une sinécure. Après un bac ES option mathématiques – gentil compromis entre mon bac L et le bac S de maman –, je me suis laissée embarquée en prépa littéraire, et si aujourd’hui je ne le regrette pas, cela n’avait rien d’un choix. Intéressée mais franchement traînée durant deux longues années, je me suis trouvée en larmes dès octobre, catastrophée de ne voir aucune possibilité s’offrir à moi. Pas d’envie précise, pas d’idée de formation à suivre, si ce n’est une école de commerce où aller à reculons pour ne pas faire grand-chose de bien drôle…
Et puis, une discussion, des rencontres… Je ne sais plus exactement comment l’idée de travailler dans l’édition m’est venue, mais une fois bien installée elle s’est imposée. La preuve : aujourd’hui, ce choix en cours de réalisation m’apparaît comme parfaitement adéquat à ce que je suis, à ce que j’aime, comme si il ne pouvait en avoir de meilleur. J’ai intégré l’IUT de Saint-Cloud en grande partie afin de me conforter dans mon idée, et je ne regrette, cette fois, absolument pas ce choix. Cette année a été enrichissante à tout point de vue : j’ai rencontré des tas de gens biens, commencé à tisser un bout de réseau, acquis des compétences techniques essentielles et une connaissance du monde des livres que je n’aurais obtenue nul par ailleurs avec autant de précisions.
Maintenant, j’ai quelques années devant moi pour faire mon trou. Pas de certitude, aucune garantie, j’avance sans filet mais j’ai l’avantage non négligeable de savoir où je veux aller. Des histoires d’années d’Université, de stages et de mastère spécialisé à l’ESCP… Mais cela n’est encore qu’un immense projet. Je fantasme, mais sur du concret, plutôt que de brasser du vent, je bâtis petit à petit mon propre nid. Je serai déçue, un peu perdue, j’en aurai parfois assez… Mais si rien de tout cela n’est grave, j’y arriverai.
J’espère que l’esprit français, pour ce qui est de l’enseignement et de la formation, changera. Qu’au lieu de tasser tout le monde dans le même bateau – mais qu’allions-nous faire dans cette galère ? –, il s’agira plutôt de mettre en avant les goûts et les compétences de chacun. Peut-être qu’alors, il y aura plus de gens épanouis, et si ce n’est pas grand-chose, ce serait déjà pas mal. En attendant, je pense à mon petit frère et j’essaie de l’aider à aller contre cette tendance un peu absurde au « généralisme » à tout prix, même si ma mission est loin d’être évidente…
Le message du soir est un message d’espoir : croyez en vous, vos capacités et vos projets, adaptez-les si nécessaire et je pense, j’espère, que nous arriverons au bout de nos envies ! Je suis un peu idéaliste, certes, mais j’essaie surtout de prouver par mon propre exemple que faire des choix un peu différents, pas toujours bien reçus par les autres, c’est possible. Et même si je n’ai pas encore la preuve tangible que ça fonctionne, je m’y cramponne.
